mercredi 28 mars 2012

Oualidia, entre mer et tourisme [Reportage]


Il faut aller à Oualidia en hiver pour retrouver ce à quoi cette station balnéaire ressemblait il y a encore quelques décennies quand elle n'était qu'un petit village de pêcheurs. Avec les constructions de la nouvelle ville, bâtie le long de la rue principale et élargie depuis en allée centrale illuminée la nuit, les hôtels et les restaurants, le décor, certes, n'est plus le même, mais en décembre ou janvier, l'ambiance y est paisible.
Il peut arriver que l'instituteur, en rentrant le soir, rencontre des anciens élèves, le vétérinaire, l'ancien prof d'anglais gérant aujourd'hui une location de quads, et le cousin du plongeur, tous des amis. « I don't like Oualidia in summer », affirme Abdeljalil, l'instituteur multilingue de Oualidia qui aime discuter en anglais (avec l'accent british) quand il en a l'occasion. « Too many people, it's even impossible to get a free seat in a café », ajoute-t-il. « En été, la ville n'est pas la même », renchérit son ami Hassan, le plongeur. En cette saison, la population d'environ 15 000 habitants double, Oualidia est agitée de jour comme de nuit. Ce sont surtout des touristes marocains, casaouis ou rbatis, qui viennent peupler la lagune.
 Tourisme et fruits de mer
 Hassan les voit d'un œil moins critique qu'Abdeljalil. Depuis ses 18 ans, il part à la pêche dans la lagune, mais a aussi ouvert, avec son frère, un café-restaurant dans la ville-haute de Oualidia. Il tire profit des visiteurs. « Presque tout ce qu'on gagne au resto, c'est en été », à tel point qu'en hiver, il ferme parfois son restaurant durant des semaines. A Ahmed, ancien pêcheur, le tourisme a permis de se reconvertir en cuisinier proposant les grillades de poissons et fruits de mer sur la plage. Sa salle c’est des parasols plantés dans le sable. « La pêche est un métier dur et la côte de Oualidia est dangereuse. Pour sortir les bateaux, il n'y a qu'une petite sortie entre les rochers ; difficile de passer dès que la mer est un peu agitée. »
 Dangereuse, peut-être, mais à Oualidia, la pêche et le tourisme ne font qu'un. Les poissons et fruits de mer font la renommée de la ville : crabes, homards, sardines, oursins, palourdes, moules, mais surtout les huîtres. « Oualidia est le premier endroit au Maroc où ont été cultivées les huîtres. Le premier parc à huîtres date de 1952 », raconte Hassan, employé dans ce même parc à huîtres. C'est le parc 007 d'Ostréa, le plus grand parc sur la lagune aujourd'hui, avec, depuis 1990, sa propre station d'épuration. Au total, la lagune produit 200 à 300 tonnes d'huîtres par an, vendues surtout sur le marché intérieur, à Casablanca, Rabat et Agadir. Concurrencée, depuis quelques années, par des producteurs à Dakhla, Oualidia reste le premier fournisseur.
 Embargo sur les huîtres
 Pourtant, 2011 a été une mauvaise année pour les huîtres. « La drague qui a dessablé la lagune a soulevé des tourbillons de sable et a ensablé les huîtres », explique Hassan, qui ajoute que les produits de la lagune ont été interdit d'exportation vers l'Union Européenne. En cause : la pollution. Le long de la côte, les eaux usées se sont déversées dans la lagune. Les tests ont révélé la salmonelle dans les moules, palourdes et huîtres, et même si, aujourd'hui, les tests sont meilleurs, la lagune est encore en quarantaine. Une station d'assainissement de l'eau est prévue, mais n'est pas encore en place.
 Les habitants l'attendent. D'autres grands projets sont prévus. Abdellah Bakrim, président du Centre Régional du Tourisme de la région Doukkala-Abda, indique qu'une marina et une salle de conférences devront être construites. « L'enjeu c'est d'arriver à une occupation plus équilibrée tout au long de l'année », ce à quoi le tourisme d'affaires et de conférences pourra contribuer.
 Royal passé
 Sur le bord de la lagune, une grande villa en ruines intrigue les visiteurs. De loin, l'on peut encore imaginer sa beauté ; les habitants de Oualidia connaissent son histoire. Avant l'indépendance et son exil, Mohammed V s'était fait construire cette villa pour passer des séjours calmes en famille. Les anciens se souviennent d'une famille royale décontractée, facile d'accès qui venait se baigner dans la lagune. Depuis la mort du roi Mohamed V, la villa est abandonnée ; ni Hassan II ni son fils ne l'ont entretenue. Elle finira peut-être comme la casbah construite en 1634 en haut de la lagune par le sultan El Oualid qui a donné le nom à la ville. Quelques vestiges.

Tourisme au Maroc : Séduire les Italiens « casaniers » pour remonter la pente


Pour redorer le blason du tourisme, dont les revenus représentent une composante essentielle pour les finances nationales, tous les moyens sont bons. Plus rien à vendre à la France, l’Espagne… Ils connaissent déjà assez bien les coins et recoins du Royaume, cap sur l’Italie. Même si le Royaume a démarré sa campagne de sensibilisation en Italie depuis 2010, celle-ci n’était pas suffisante pour faire voyager le maximum d’italiens hors des frontières de leur pays. Selon l’Office national marocain du tourisme (ONMT), ils sont « casaniers ». Prenant part à la 32ème édition de la Bourse internationale du tourisme de Milan (Bit), la délégation marocaine a prévu de jouer toutes ses cartes pour ravir un nombre important d’Italiens en ce qui concerne la destination marocaine. Principal objectif : améliorer le score au niveau des arrivées. En effet, seulement 7% des touristes italiens qui se déplacent vers l’étranger vont en Afrique. Au cours de l’année 2010, le Royaume a accueilli 210 000 touristes italiens et un peu plus en 2011. A noter que l’Italie est considérée comme le cinquième pays émetteur pour le Maroc.
2012 : 1 Français sur 10 viendra au Maroc
Les Français, grands adeptes des voyages de vacances et dont l’arrivée a souvent été affluente en terre marocaine, ne seraient pas tant que cela intéressés par la dégustation d'un tajine ou d'un couscous sous le soleil de Marrakech. Pour preuve, un Français sur dix, seulement, compte se rendre au Royaume en 2012, selon une enquête CSA pour « l'Officiel des Vacances ». Dans un entretien avec l’Economiste, le directeur de l’ONMT, Abdelhamid Addou, annonçait déjà que l’année en cours serait « très difficile ».
La crise, cause des malheurs touristiques
La diminution des arrivées et celle de la durée des séjours sont les séquelles laissées par la crise qui a frappé la région : le printemps arabe. Cette sitiuation a obligé les professionnels à casser les prix, faisant des offres plus alléchantes afin de couvrir leurs charges. Ainsi, les revenus hôteliers (académiquement appelés RevPar) ont considérablement baissé. Une étude du cabinet international MKG Hospitality révèle que Marrakech a enregistré un recul de 20% du revenu net moyen par chambre. Une situation qui a empiété sur les bénéfices. Ceux opérant dans l’hôtellerie de luxe en ont le plus souffert,  Selon l’ONMT, la conjoncture actuelle n’est pas rassurante.
L’Espagne en a profité
Alors que les pays méditerranéens subissaient les effets de l’après printemps arabe, l’Espagne en a profité pour augmenter ses prix hoteliers de 11%, rapporte La Vie éco. Les vols à destination du Maroc, de la Tunisie ou de l’Egypte, ont été annulés pour se river vers la Turquie et certains pays européens. Ainsi, l’Espagne affiche les meilleures performances entre septembre 2010 et août 2011, selon le rapport 2011de MKG Hospitality. Dans la région MENA, la Turquie est seule a tiré son épingle du jeu, avec une évolution de 24,5% du revenu moyen par chambre. 
Le Maroc se donne les moyens de sa politique
Tous les efforts consentis actuellement par le ministère visent à attirer davantage les touristes afin de rentabiliser les investissements importants réalisés pour le développement du secteur, sachant que le tourisme est un élément clé de l’économie national. Afin de la promouvoir davantage, les projets ne font que naitre, plusieurs sont entrepris dans l’espoir de ne pas rater les opportunités qui pourraient se présenter. Tanger a récemment vu l’inauguration par le ministre du Tourisme, Lahcen Haddad, du premier hôtel de la chaîne Ibis Budget. A Marrakech, 17 établissements, dont 12 cinq étoiles, seront créés au cours de cette année. Cependant le pari n’est pas gagné d’avance.

Tourisme : Le Maroc reste la destination numéro 1 des français


D’après une étude publiée hier, mardi, de l’Institut CSA pour l’Officiel des Vacances, 46% des Français sondés ont déclaré qu’ils ne partiraient pas en vacances en 2012, rapporte le notre temps La crise économique est passée par là. Aller en vacances ne fait pas partie des priorités de ces Français. En revanche, les 54% restants sont plus chanceux puisqu'ils ont déclaré vouloir partir en vacances cette année. Un tiers de ces 54%, soit 18% des Français sondés, envisagent de se rendre au Maroc, en Tunisie et en Egypte.
Maroc, number one
A l’instar de l’an dernier, le Maroc reste la première destination favorite des Français. L’étude souligne que 11% de ces Français souhaitent passer des vacances ou de longs week-ends au royaume. La ville qui les attire le plus est Marrakech. Pour ce qui est de l’hébergement, ces Français ne font pas les choses à moitié. Ils préfèrent être logés en hôtel 5 étoiles ou dans des riads. Par contre, l’étude révèle que les circuits n’ont plus du tout la côte.
Concernant la Tunisie, 7.5% des Français comptent s’évader vers ce pays. Contrairement au Maroc qui attire en majorité une jeune clientèle de moins de 30 ans, la Tunisie, elle attire plus les touristes âgés entre 30 à 49 ans. Une cible qui satisfait amplement les professionnels touristiques tunisiens. Ces derniers comptent d’ailleurs sur cette cible pour se remettre des évènements du Printemps du Jasmin de l’an dernier qui ont paralysé le secteur. 
Enfin, les temps sont durs pour l’Egypte. Les évènements politiques qui ont marqué l’année 2011 et l'instabilité actuelle du pays, ont refroidi les Français. Seulement 2.5% d’entre eux comptent s’y rendre.
2012, une année difficile
Tous ces chiffres sont positifs pour le Maroc. Mais qu’en est-il du Maroc ? Comment les professionnels du tourisme vont-ils vivre l’année 2012 ?  A en croire Abdelhamid Addou, le directeur général de l’Office National Marocain du tourisme, cette année 2012 sera très difficile. « Il faut s’armer et redoubler d’efforts pour surmonter la situation. Nous allons renforcer davantage nos campagnes de communication. Nous misons gros sur la médiatisation. Il est improbable que le nombre de voyageurs augmentera au niveau mondial, mais il va falloir être plus agressif et créatif. » a-t-il déclaré au journal  leconomiste Pour lui, la crise économique et l’attentat terroriste d’Argana à Marrakech en avril dernie.r ont laissé certaines traces. Néanmoins, le Maroc a su tirer son épingle du jeu. Le pays a terminé l’année 2011 sur une hausse de 2% en nombre d’arrivées.
L’un des grands objectifs également pour les professionnels marocains est de continuer à attirer les touristes espagnols vers le royaume et ce malgré la baisse des vols directs vers Marrakech par les compagnies espagnoles. Dans un précédent  article de Yabiladi, Hanane R’Zina, directrice commerciale de Palmeraie Hôtels & Resorts  soulignait que Royal Air Maroc et même la compagnie low cost EasyJet avaient réduit les vols vers Marrakech, des réductions se justifiant par la crise que connait actuellement le secteur aérien. Les Espagnols sont placés en deuxième position juste après les Français en termes de touristes visitant le royaume. « Avec 40,5 millions d’habitants, l’Espagne assure près de 11 millions de voyages à l’étranger. La part du Maroc dans ce marché s’élève à 8%. » souligne l’Economiste.
Enfin pour continuer d’attirer les touristes étrangers toute l’année durant, l’ONMT compte également développer les destinations phares du Maroc qui sont Marrakech et Agadir mais aussi développer d’autres niches comme par exemple celle du tourisme d’hiver, de bien-être et de golf.
L’on rappelle que 8 millions de touristes étrangers ont visité le Maroc en 2010, le tourisme fait partie des trois premières sources de devises avec les phosphates et les transferts des MRE.

Maroc : Les grands projets rapportent gros


Le programme solaire marocain n’a pas été formellement cité, mais les 373 millions d’euros (4,2 milliards Dhs) que vient d’accorder au Maroc la Banque africaine de développement (BAD), serviront bien à financer le développement des énergies renouvelables, rapporte l’agence de presse  reuters Cette décision de financement devrait  recevoir l’aval du Conseil d’administration de la BAD d’ici la fin d’année.
Ces derniers jours, le Maroc a reçu plusieurs promesses de financement destinées aux énergies renouvelables dont le montant cumulé se chiffre à plusieurs centaines de millions d’euros.  lly aune semaine nous vous annoncions que le groupe Banque mondiale avait décidé d’investir 297 millions de dollars (2,4 milliards Dhs) pour la construction et le développement de la première phase du projet de centrale solaire à Ourzazate.
L’Agence française de développement aurait, pour le même projet, approuvé en juillet dernier, un prêt de 100 millions d’euros (1,1 milliards Dhs), selon  leconnomiste Avec ces trois derniers bailleurs de fonds, le Maroc devrait recevoir 7,7 milliards Dhs pour la promotion des énergies renouvelables sur les prochaines années, ceci sans compter sur les potentiels bailleurs de fonds qui pourraient se déclarer dans les mois à venir.  ce mardi une douzaine d’entrepreneurs espagnols étaient réunis à Séville (sud de l’Espagne) pour assister à un exposé sur les opportunités d'investissement au Maroc dans le secteur énergétique. La rencontre était organisée par l’Agence andalouse de promotion extérieure (EXTENDA), et animée par des représentants de l'Office national de l'électricité (ONE) et de l'Agence marocaine pour le développement des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique (ADEREE).
D’autres secteurs attirent les mannes
Les projets sur les énergies renouvelables ne sont pas les seuls qui attirent les mannes financières des bailleurs de  fonds.  ce mercredi à Tunis, une convention a été signée entre Najib Zerouali Ouariti, ambassadeur du Maroc en Tunisie, et Aloysius Uche Ordu, vice-président de la BAD. Cette convention portait sur un prêt de 224 millions d'euros (2,5 milliards Dhs) destiné à l'appui au développement du secteur financier au Maroc.
Le secteur touristique aussi a connu un sérieux renfort de capitaux frais venus de l’étranger. Lors d'une visite de travail, une délégation d'éminentes personnalités du Golfe, avec à leur tête l'émir du Qatar, Cheikh Hamad Bin Khalifa Al Thani, a signé une série d'accord ce jeud à Rabat. L'émir qatari, acoompagné de Cheikh Mohamed Bin Zayed Al-Nahyan, prince-héritier d'Abou Dhabi, et Cheikh Mustapha Jassem Al-Chamali, ministre des Finances du Koweït, ont ainsi présidé avec le roi Mohammed, VI, au lancement le même jour, de Wessal Capital, un fond souverain d'investissements dédié au développement du tourisme au Maroc, et doté de 2,5 milliards de dollars (21 milliards Dhs), selon l'agence assocaited press

Essaouira, la secrète, se dévoile


J'étais absolument, sereinement prêt à ne plus jamais quitter Mogador », écrit Orson Welles, impressionné par  son séjour à Essaouira, en 1953, pour le tournage d’Othello de Shakespeare. Pour Tahar Ben Jelloun, Essaouira  est « un secret qu’on ne peut trahir. Le crier ou juste le penser, c’est la perdre ». Que dirait-il du boom touristique de la région, des centaines de milliers de visiteurs qui viennent chaque année à la découverte de ces mêmes secrets ?
De l‘intérieur du pays, une longue descente mène à la ville d’Essaouira ; brusquement, tout le  panorama de la côte atlantique marocaine s’ouvre à l’oeil du voyageur. Si le bleu de l’Atlantique attire le regard, des immeubles  et de nombreux bâtiments en construction parsèment la côte du nord au sud, à tel point qu’il est difficile de discerner les contours de la ville dont le nom signifie pourtant « la bien dessinée ».
Essaouira devient une ville champignon. Le boom touristique fait rêver les promoteurs immobiliers. D’autres regrettent l’ancienne Essaouira, comme cette trentenaire originaire de la ville et résidant à Rabat qui dit ne plus  reconnaître la ville de son enfance. Pourtant, le passé est plein d’exemples de changements, de bouleversements dans la structure économique et sociale de la ville. Essaouira est loin d’avoir être oubliée par l’Histoire.
Du pourpre au sucre
Les  premières traces aujourd’hui connues de peuplement humain de la région d’Essaouira datent de l’antiquité. Un colorant a valu à la côte de l’actuelle Essaouira d’être provisoirement peuplée par les Phéniciens : la pourpre. Les premiers vestiges d’architecture remontent au 7e siècle avant J.C, sur l’Ile de Mogador. Les commerçants venaient vraisemblablement à cause de l’abondance de murex, petits coquillages à partir desquels est produite la pourpre, très prisée pendant l’antiquité.
L’intérieur du pays n’a pas été investi par les Phénicien et il faudra attendre la constitution de monarchies  amazighes, surtout celle de Juba II, et leur passage sous influence romaine au 3e siècle avant J.C, pour que la  région d’Essaouira soit peuplée. Plusieurs siècles passent et la région est occupée successivement par les  Vandales, les Byzantins, les tribus amazighes et les Omeyyades, avant d’être colonisée par le Portugal, lors de la  conquête des villes portuaires marocaines, à partir du 15e siècle. La baie relativement protégée et la situation  géographique de la ville incite les Portugais à construire, dès 1505, des remparts et un petit port pour faire  d’Essaouira, alors appelée Mogador, un important comptoir commercial.
Face à la résistance des amazighs Haha et de l’organisation maraboutique Regraga, la période portugaise de  Mogador ne dure que 5 ans, écrit l’historien Abdelkader Mana dans « Essaouira : Perle de l’Atlantique ». En 1510,  les Portugais évacuent la ville, qui connaît un nouvel essor sous la dynastie des Saadiens. Matière première  cruciale au Maroc, le sucre remplace la pourpre au titre de principale richesse de la ville. Le commerce s’étend  alors jusqu’en Italie. Un épisode historique tombé dans l’oubli, les ruines des anciennes sucreries, datant de la fin du 16e siècle, sont devenues presque inaccessibles. L’arganier a pris le dessus.
La Casablanca de l’époque
Le projet de fortification de la ville est repris par Moulay Abd Al Malik, sultan de la dynastie des Saadiens, en  1628, mais au 18e siècle, ce sont les Alaouites, avec le sultan Mohamed Ben Abdallah qui décident d’agrandir considérablement le port. Essaouira devient « la Casablanca de l’époque », explique Abdelkader Mana. La ville  était étroitement liée au commerce transsaharien, Mogador accueillait les caravanes. Un disciple de Vauban,  Théodore Cornut, sera alors chargé d’établir un nouveau plan d’Essaouira, « la bien dessinée », et si toutes les  fortifications n’ont pas résisté aux bombardements de l’armée française en 1844, la structure de la ville est depuis restée la même. Les traditions artisanales (marqueterie, bijouterie) datent de cette époque.
A la fin du 19e siècle, les caravanes transsahariennes perdent leur importance et d’autres ports, particulièrement  Casablanca, prennent la relève. Mogador perd sa prééminence et tombe dans un déclin relatif. Au 20e siècle, sous le protectorat français, une petite industrie de pêche se développe. Les boites de sardines d’Essaouira  constituent un nouveau produit d’exportation. La concurrence de villes comme Safi pèse et l’exode massif de la  population juive, après 1967, n’améliore pas la situation économique de la ville.
Renouveau du gnaoua
Ce départ massif des juifs est une époque charnière pour Essaouira, estime Abdelkader Mana. Le second fait  marquant de l’époque : l’arrivée des hippies. Comme la Turquie, l’Inde ou encore l’Afghanistan, le Maroc est sur  la route des hippies, en quête de liberté et d’exotisme loin de leurs pays et de leurs sociétés d’origine. « Tout le  monde venait au Maroc pour fumer du haschisch », explique Gail Porter, photographe américaine installée près  d’Essaouira, dans un documentaire Elle avait pris l’avion pour le Maroc à peine quelques jours après avoir assisté  au légendaire festival de Woodstock en 1969, suivant le légendaire Living Theatre de New York, qui s’était installé à Essaouira pendant quelque temps après avoir été renvoyé du Festival d’Avignon en 1968.
Grâce à cette troupe, Jimi Hendrix s’est rendu dans la ville des alizés. Un monde à part existait alors à Essaouira  qui contrastait énormément avec les modes de vie locaux. La consommation de LSD, d’alcool, de haschisch et le  libertinage étaient courants. Certains Marocains vivaient dans les deux mondes, plus rares étaient les immigrés  occidentaux qui arrivaient à sortir de leur milieu, explique Doris Byer, une anthropologue qui s’est penchée sur  l’immigration occidentale à Essaouira.
Par la suite, les autorités marocaines ont commencé à durcir les conditions d’entrée, refoulant davantage les  hippies. A l’intérieur même du Maroc, d’autres endroits, plus au sud, attirent ces voyageurs au détriment d’Essaouira. Avec le temps, le mouvement hippie faiblit à travers le monde, mais l’époque reste présente dans la  mémoire collective des Souiris. Dans les décennies suivantes, jusque dans les années 90, Essaouira était  surement ce « secret qu’on ne peut trahir » que décrit Tahar Ben Jelloun dans « La prière de l’absent », oeuvre publiée en 1981. « C’est le lieu du silence, du vent et de l’arganier. Un lieu où le corps devient léger comme le  duvet et se laisse  emporter par le vent froid de l’Atlantique », ajoute-t-il.
A la fin des années 90, le silence a été  rompu par un festival qui a vite fait la renommée internationale d’Essaouira : le festival Gnaoua. Les coopérations entre maâlems gnaouis et artistes internationaux deviennent  très vite la marque de fabrique de ce festival lancé en 1997, un évènement « pour la philosophie et le dialogue des cultures par la musique,explique sa directrice Neila Tazi. Au moment de son lancement, le patrimoine musical et spirituel des gnaoua était marginalisé au Maroc.
Aujourd’hui, en partie grâce à ce festival, le gnaoua a repris  une place centrale dans la culture populaire. Un succès : 400 000 visiteurs en 2010, pour une ville de 70 000  habitants. En 2011, le festival a été programmé en même temps que le Festival Timitar à Agadir pour limiter le nombre de  visiteurs !
Tourisme
« Le Festival Gnaoua et Musiques du Monde constitue certainement l’événement artistique annuel phare de la  destination », estime Kaoutar Lguaouzi, chargée du suivi du produit touristique de la Délégation provinciale du  tourisme d’Essaouira. Il en apprécie l’importance, car « Essaouira est une ville purement touristique, toute  l’économie repose sur ce secteur. D’une part les hôtels, les maisons d’hôtes et d’autre part les commerces, tous  travaillent en collaboration avec les autorités locales pour assurer un bon accueil pour les touristes. » Les  statistiques sont univoques : depuis 2000, les arrivées de touristes internationaux ont plus que doublées, passant de 50 000 à plus de 130 000 par an en 2010, selon les chiffres de la Délégation du tourisme.
Ces chiffres ne reflètent toutefois qu’une partie de la vérité, car de nombreux touristes nationaux ne sont pas  comptabilisés. Ils ne résident pas dans  des hôtels ou auberges recensés par la délégation du tourisme, à la  base de ces statistiques. Ils choisissent plutôt de louer des appartements à des particuliers. Le nombre de Souiris agitant des clés au passage des voyageurs dans certains endroits stratégiques témoigne de l’importance de ce  secteur touristique informel. Il montre aussi qu’Essaouira est devenue, au même titre que Chefchaouen, par  exemple, l’une des premières destinations pour passer un week-end loin de chez soi. Ce sont aussi les jeunes  Marocains qui viennent grossir les chiffres du Festival Gnaoua.
Une nouvelle étape de développement touristique est déjà entamée : en mars 2011, un premier hôtel du  complexe touristique « Mogador » a été inauguré.  L’investissement global de ce projet qui s’inscrit dans le Plan  Azur s’élève à 4,5 milliards de dirhams, selon la Délégation provinciale du tourisme. A lui seul, le complexe  pourra accueillir 6 800 hôteliers par jour et 3 600 résidentiels. Villas de luxe, golfe, accès direct à la plage : la  station Mogador s’inscrit dans le haut de gamme.
C’est peut-être cela la spécificité  d’Essaouira aujourd’hui.Purement touristique, oui, mais ni purement balnéaire, ni seulement culturelle ou axée sur l’héritage. Pas seulement concentrée sur le tourisme international haut de gamme, mais aussi sur l’héritage des hippies, la culture des backpackers et sur une jeunesse marocaine mobile.  La manne du tourisme est ainsi  exploitée à tous les niveaux dans l’ancienne Mogador. Essaouira, la secrète, se  dévoile. Est-elle pour autant perdue ?

Nador: Marchica la polluée veut devenir un bijou écologique


Les odeurs pestilentielles qui émanent de la lagune de Marchica ne seront bientôt plus qu’un mauvais souvenir. La lagune qui souffrait d’une haute pollution provoquée par les rejets liquides urbains et industriels et les déchets solides, devrait être totalement dépolluée dès 2012 pour accueillir, ensuite le plus grand parc ornithologique du sud de la méditerranée.
Un parc « pédagogique et scientifique »
Le Maroc mise donc sur le tourisme écologique pour cette région du nord. La bagatelle de 70 millions de dhs devrait permettre la réalisation d’un parc de 74 hectares, avec 10 km de sentiers autour de la fameuse lagune de Marchica.  les travaux devraient aboutir en 2014 pour accueillir les 150 000 visiteurs attendus annuellement. Un projet qui se veut « pédagogique et scientifique » selon la Map, le Maroc ambitionne même de l’inscriresur  le réseau scientifique des grands parcs naturels. Le parc naturel du Marquenterre de la Baie de la Somme en France est même dans le viseur pour un éventuel jumelage. L’équilibre de l’écosystème de la région est décidément au cœur des préoccupations de l’Agence Marchica avec la réhabilitation d’un nombre de sites de la région de Nador.
L’Agence Marchica fait le ménage
Epinglée comme « Haut spot de pollution en Méditerranée » en 1975 par le Plan d’action pour la méditerranée, la lagune est sujette à des chantiers de nettoyage depuis 2009, le budget alloué pour l’opération s’élève à 75 millions de dhs. Elle dispose depuis mai 2010 d’une station d’épuration à boues et d’une décharge contrôlée. La dépollution la rive de la lagune sur 64 km se poursuit également avec l’extension des réseaux d’assainissement aux communes avoisinantes. Une ouverture d’une  est également prévue afin de permettre le renouvellement des eaux de la lagune.
Outre la construction du parc et la mise en place de dispositif de dépollution, l’Agence pour l'aménagement du site de la lagune de Marchica prévoit une reconversion de l'ancienne décharge de l'usine de lavage de minerai de fer du site d'Atalayoun en une Académie de Golf. De quoi booster le tourisme local de la région et développer un tourisme écolo à Nador. 

Tourisme : Le Maroc tire son épingle du jeu, la Tunisie se réveille


Qui l’aurait cru ? Malgré l’attentat à Marrakech en avril dernier, un Ramadan en plein mois d’août, les révoltes et les crises politiques en Egypte et en Tunisie, la guerre en Libye, la répression en Syrie, des évènements qui en somme ont refroidi les touristes, le royaume a réussi à éviter le pire. Lors d’une conférence de presse le 14 septembre dernier, à Casablanca sur le bilan de la saison, le ministre marocain du tourisme Yassir Znagui a affirmé à l’Agence France Presse : "Nous ne sommes pas dans l'euphorie, mais la forte progression de notre tourisme avec 10% en moyenne au cours des 10 dernières années nous a permis de résister au ralentissement de l'activité cette année". Yassir Znagui ajoute que le royaume ne connaitra pas cette année une progression à deux chiffres de son tourisme. Il vise plutôt une augmentation de 5% du nombre de touristes pour 2011. Au premier semestre, 4,2 millions de touristes ont visité le royaume. Pour rappel, en 2010, le Maroc a accueilli 9,3 millions de touristes sur son territoire.
Le réveil des Tunisiens
Les tunisiens n’ont pas dit leur dernier mot pour autant et comptent bien remonter la pente. C’est ce qu’a fait savoir Mehdi Houas, le ministre du commerce et du tourisme tunisien qui était de passage hier à Paris, rapporte . Mehdi Houas a été nommé ministre au lendemain de la révolution tunisienne et sa mission est claire : remettre le tourisme de son pays sur les rails. Et il est prêt à tout pour parvenir à ses fins. C’est d’ailleurs lui qui a lancé une  (d’un montant de 55 millions d'euros) faisant le buzz sur le web puisqu’elle utilisait la Révolution du Jasmin comme argument de vente. Un des slogans de cette campagne était : «on dit qu'en Tunisie, les balles fusent», une image qui montrait un homme jouant au golf. Le tourisme est un secteur clé de l’économie tunisienne puisqu’il fait travailler un Tunisien sur 5. La Révolution du Jasmin a fait chuter de 36% l’arrivée des touristes. Mais la Tunisie a tout de même limité la casse, le ministre Houas prévoyant une dégringolade de 50%. Au total, 3,2 millions de visiteurs se sont rendus en Tunisie depuis le début de l’année.
Toutefois, le ministre tunisien reste optimiste et ambitieux. Il a fait savoir qu’il visait d'ici 2016 dix millions de touristes par an, les mêmes chiffres réalisés l’an dernier par le Maroc. Pour ce faire, Houas veut mettre de côté le tourisme balnéaire et mettre en avant ses 3000 ans d’histoire et ses 7 sites inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco. Il souhaite également développer de nouveaux produits qui privilégieraient les randonnées et les circuits à l’intérieur des terres.
Nouvelle clientèle, nouvelles niches
Malgré le contexte actuel en Tunisie, le pays du Jasmin a toujours été et reste un concurrent sérieux du Maroc selon Adnane JELB, chef du Service Etudes et Veilles Stratégiques à l’Observatoire du Tourisme du Maroc. « La Tunisie a toujours misé sur des produits de grande masse et moins chers que le Maroc, principalement le balnéaire avec des vacances de 2 semaines à 300 euros autour des plages et près des palmiers. Mais aujourd’hui la Tunisie se réveille et vise une nouvelle clientèle et de nouvelles niches » explique-t-il. En d’autres termes, la Tunisie compte bien s’accaparer une part du marché touristique marocain, voire même marcher sur ses plates-bandes en développant des produits haut de gamme, culturels et plus courts de 3-4 jours. Elle compte également mettre à niveau ses hôtels, investir plus d’argent dans les formations du personnel et rehausser la qualité des prestations.
Adnane JELB insiste sur le fait que le Maroc doit faire en sorte de ne pas commettre les mêmes erreurs que la Tunisie concernant le bétonnage intensif des plages tunisiennes, un bétonnage qui perturbe l’équilibre écologique du littoral, et qui alarme les urbanistes, écologistes et élus locaux. Plus de 40% de la superficie totale des zones littorales tunisiennes est une énorme dalle de béton.